En cette matinée d'hiver, le lendemain de noël,
Te souviens-tu ?
Tu t'étais levé plus tôt qu'à ton habitude,
Tu étais allé voir au pied de notre sapin tes nouveaux cadeaux,
Tu les as ouverts, tu as pris l'un d'entre eux,
Puis tu es parti dans le jardin pour l'essayer,
Tu avais si froid, et tu commençais même à trembler,
Mais tu commençais également à t'amuser,
Sans te rendre compte de toute la dangérosité,
De jouer à moitié dénudé en cette matinée d'hiver,
Le soleil commençait à percer,
Laissant entrevoir une faible clarté,
Le froid continuait de te gagner,
Tu es alors retourné dans ta chambre t'habiller,
Puis tu es redescendu, tu as repris ton jouet,
Et tu es reparti t'amuser avec,
Tu le lançais en l'air, toujours plus haut,
Jusqu'à ne plus voir qu'un faible point noir sur ce ciel blanc,
Dans l'une de ses descentes il se bloqua dans un arbre,
Tu ne savais quoi faire,
Alors tu entamais une montée périlleuse pour reprendre ton jouet,
Tu étais assez haut, mais tu ne faiblissais point,
Ton attention fut alors attirée, par une forte lumière émanant du ciel,
S'abattant sur l'une des branches de ce saule-pleureur,
Tu risquas un regard en cette direction,
Et tu y vis un ange,
Tu ne te souviens toujours pas ?
Tu observais ses deux ailes d'un blanc nacré,
Se fondant dans ce sillage d'hiver,
Cet ange était la beauté incarnée,
Et tu le fixais comme à travers un ½il de verre,
Tu étais fasciné, ébahi par la beauté de cet être légendaire,
L'étonnement et le respect prirent le dessus sur la peur,
Alors tu eus envie de le questionner, des milliers de questions te venaient en tête,
D'ou viens-tu ?
Je viens du paradis.
C'est loin ?
A la fois tout proche et très lointain.
Bien entendu tu ne comprenais pas sa réponse,
Mais peu t'importait,
Tu venais de comprendre le plus important à tes yeux,
La peur qui te serrait depuis quelques jours,
Cette peur de mourir dans ce monde cauchemardesque,
Tu n'avais maintenant qu'une pensée, qu'un v½u, qu'un désir,
Partir avec cet ange au prix d'en payer de ta vie,
Tu ne te souviens toujours pas ?
L'ange attrapait ton jouet, puis te le redonnait,
Enfin, il déployait ses ailes
Et commençait à s'effacer haut dans le ciel,
Tu compris alors se qu'il te restait à faire si tu voulais le rejoindre,
Tu te mis donc sur la plus haute branche du saule-pleureur,
Et tu sautais,
Dans ta chute tu regardais une dernière fois ta maison,
Et tu y croisais mon regard,
Je te regardais tomber du haut de cet arbre de toute mon impuissance,
Je n'avais que mes larmes pour me ramener à cette sinistre réalité,
Je voyais ton petit corps frêle, allongé sur le sol,
Tu ne bougeais plus, tu émanais un dernier sourire
Les yeux fermés dans une marre teintée de rouge,
Tu ne te souviens toujours pas ?
Suis-je bête tu ne peux te souvenir puisque tu n'es plus de notre monde,
Tu es maintenant au paradis,
Tu avais fait ton choix,
Tu t'en est retourné au près de ton ange,
Laissant tes parents au statut d'orphelin.